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L'Euryale: une frégate négrière

Dans le cadre du Mois des Mémoires, focus sur la maquette de ce navire.

Une frégate rochelaise

L'Euryale était une frégate rochelaise de 30 mètres de long et d'un tirant d’eau 5,50 mètres, qui était capable de transporter plus de 400 captifs et 60 marins. Elle a été spécialement conçue en 1783 par la puissante famille de négociants Carayon, pour la traite négrière qui constituait alors son commerce principal. Pourtant, sa forme générale fait penser à un simple navire de commerce de l’époque: la forme générale de la coque, sa guibre, son arrière carré, sa faible tonture (courbe longitudinale du pont), sont très représentatifs des navires de commerce de cette époque.

La durée moyenne de ses expéditions est d’environ 20 à 24 mois.Durant la traversée de l'Atlantique, entre Golfe de Guinée et Saint Domingue, les captifs étaient enchaînés tête bêche, couchés sur le côté, avec moins d’un tiers de mètre carré à disposition. Il leur était impossible de s’allonger sur le dos et ils ne pouvaient sortir sur le pont que lors du repas rationné, sauf par une mer agitée.

Après 2 ans d’activité, l’Euryale sombra dans l'avant-port de La Rochelle en 1785 à son retour des Antilles. 

Le commerce triangulaire

Ce commerce se divisait en 3 étapes. La première étape consistait à troquer des marchandises provenant d’Europe contre des êtres humains captifs récupérés de force sur la côte africaine. Durant la deuxième étape, les captifs étaient embarqués et conduits aux Amériques, pour y être troqués aux planteurs de sucre, de café, d’indigo, de coton, de tabac: ils deviennent alors des esclaves. Enfin, la frégate peut rejoindre son port de départ, chargée de produits coloniaux, issus de ce travail forcé, qui seront négociés à l’arrivée en Europe. 

Les négociants Rochelais se lancèrent dès la fin du XVIè siècle dans ce commerce, tout en continuant leurs autres activités, notamment le commerce avec la Nouvelle France ainsi que la grande pêche à la morue sur les bancs de Terre Neuve.

A partir du milieu du XVIIIème siècle, la traite prend un essor important, notamment vers St Domingue (actuelle Haïti) : après la perte du Canada français en 1763, la traite négrière devient progressivement l’activité dominante du port de La Rochelle et les opérations négrières vont alors représenter certaines années plus de la moitié du total des navires ayant quitté le port.

La Rochelle, deuxième port négrier de France au XVIIIème siècle

Entre le 16e et le 19e siècle, sur 12 millions d’esclaves déportés par l’Europe, 1,3 million concerne la France. Avec 477 expéditions, La Rochelle fut au deuxième rang des ports négriers français, après Nantes qui comptabilise 1 427 départs, et devant Bordeaux.

La ville est aujourd'hui membre fondatrice de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage, avec 21 autres collectivités métropolitaines et ultra-marines du Conseil des territoires.

Photographies: Chloé Montagut / Musée Maritime de La Rochelle / Licence CC-BY-NC-ND

Le Musée du Nouveau Monde

Pour en savoir plus sur cette thématique, le commerce triangulaire, les produits coloniaux et l’abolition de l’esclavage, l'équipage vous recommande de découvrir un autre musée rochelais: le Musée du Nouveau Monde.

Créé en 1982, le musée du Nouveau Monde illustre les relations qu’entretient la France, et en particulier La Rochelle, avec les Amériques depuis le XVIème siècle. La ville fut l'un des principaux ports de commerce et d'émigration vers le Nouveau Monde : Nouvelle France, Antilles...

Peintures, dessins, gravures, cartes anciennes, objets d’art décoratif et photographies évoquant le Brésil, le Canada ou la Louisiane se déploient dans ces magnifiques espaces rocailles et néo-classiques. Expositions temporaires et créations contemporaines y trouvent également leur place grâce à une politique scientifique et culturelle dynamique et soucieuse de préserver la cohérence originale et originelle du musée.