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Lasse

Lancé en août 1940 au Danemark dans le chantier Anker & Jensen de Stubbekøbing, «Lasse» a été dessiné par Johan Anker (comme le « Dragon ») en 1937 et construit entièrement en bois.

Construction

D’après G.R.D. (Grand Large Yachting), le voilier aurait été construit vers 1916. En en effet, à partir de 1930 les constructions étant composites, (association de membrures acier et bois) il semble que la construction de cette unité soit antérieure. D’autre part, la forme de sa carène, suggère un gréement en aurique, et des mensurations correspondant à un 12m JI (12 mètres Jauge Internationale créée en 1907) première génération plutôt qu’à un 10m dont la taille était d’une manière générale plus petite.

N’oublions pas de préciser le destin de ces voiliers de régate dessinés par des architectes géniaux comme Fife, Nicholson, Mylne, Anker et d’autres. Ils n’étaient construits pour leurs propriétaires, que pour quelques saisons de courses et étaient ensuite voués à la démolition ! C’est donc exceptionnel d’en retrouver encore de nos jours. Etait-il alors en Allemagne ? Le conflit étant déjà aux portes de l’Europe, on perd sa trace pour la retrouver à la fin de la guerre, lors de son rachat par Madame Gurli Larsen, qui le revendit plus tard à son mari P.T. Grosserer Larsen. Ce dernier l’inscrit alors au registre naval danois le 27 septembre 1952, sous le nouveau nom de «Lasse de Copenhague».

Architecte

Nul ne s’étonnera que le père du «Dragon» ait été à la fois architecte, constructeur et excellent régatier. Né en 1871, Johan Anker est plongé très tôt dans le monde de la voile. Sa scolarité à Oslo terminée, le jeune homme gagne l’université berlinoise de Charlottenburg, où il étudie l’architecture navale. De retour au pays, il s’associe, en 1905, à Christian Jensen pour ouvrir un chantier naval. Trois ans plus tard, à bord de «Fram», une unité qu’il a lui-même dessinée et construite, il monte sur la troisième marche du podium des jeux Olympiques, disputés en Angleterre. En 1911, il participe aux régates de Cowes à bord du 12 mètres JI «Rollo». Et le Norvégien s’impose dans sa catégorie, devançant «Alachie» et «Javotte», respectivement barrés par William Fife et Alfred Mylne. L’année suivante, lors des jeux Olympiques de Stockholm, Johan Anker reçoit sa première médaille d’or à la barre de «Magda IX«. Trois ans plus tard il se sépare de son associé. Cette même année 1915, il est nommé à la tête de la Scandinavian Yacht Racing Union, et dessine «Mosquito», le premier 6 mètres JI bermudien, puis le 12 mètres JI «Smyrna» pareillement gréé.

Au milieu des années vingt, contrairement aux Britanniques, qui continuent à construire des racers de la grande classe, les pays nordiques mettent l’accent sur des bateaux moins coûteux, susceptibles de concerner un public plus jeune. C’est dans ce contexte que le Royal Gothenburg Yacht Club décide, en 1927, de lancer un concours de plans visant à créer une classe de quillards à cabine de taille moyenne pour deux ou trois équipiers, qui permettent de pratiquer la course et la croisière et soient de construction et d’entretien économiques.
Bien qu’il fasse partie du jury, Johan Anker ne se prive pas de dessiner son propre plan et conçoit un élégant voilier pour la course et la croisière côtière. Très rapidement, grâce à ses qualités nautiques et ses performances, le «Dragon» apparaît comme un bateau de régate idéal, tant et si bien qu’il devient le quillard officiel des jeux Olympiques en 1948, statut qu’il gardera plus de vingt ans.

Parmi les réalisations de Johan Anker, connu sous le nom "The Flying norvégien" pour ses prouesses en course dans les yachts de classe métriques on lui attribua la conception et la construction de 52 bateaux de la classe 8 mètres. En 1938 à l'âge de 67 ans, il a remporté en tant que barreur de la Coupe du Monde avec «Sira», un 8 mètres. conçu et construit pour le Roi de Norvège. Il est inhumé en octobre 1940 dans l’Oslo Western Civil Cemetery.

Sources (http://france-dragon.org/naviguer-en-dragon/historique-du-dragon/ et https://www.bateau-vintage.com/blog/focus-voiliers-classiques/magda-xiii-1937-anker-jensen.html)

Star de cinéma

En 1959 à la demande de René Clément, cinéaste connu, la production des frères Hakim l’achète pour le tournage du film «Plein Soleil» dans lequel jouent Alain Delon, Maurice Renet, Marie Laforet... Le voilier rebaptisé pour les besoins «Marge» constitue la toile de fond du film et de l’histoire. La photo d’Alain Delon à la barre fera le tour du monde.

Changement de propriétaire

«Lasse» est acheté par Jean Louis Nicolas en 2008. Morbihannais d’origine, résidant à Pau, ce dernier base le bateau à Hendaye pour pouvoir naviguer chaque semaine. À l’époque il ignorait que ce bateau était une star. C'est le premier bateau classique acquis par ce navigateur expérimenté :

 « J’ai toujours régaté… Après avoir goûté aux compétitions méditerranéennes sur les Fife Moonbeam III et IV, je désirais un classique : 8 ou 10 m JI, le 12 m JI me paraissant un peu trop grand. Lasse, je l’avais repérée sans savoir que c’était elle, dans une marina du golfe de Saint-Tropez. Un jour, un broker me dit avoir trouvé ce que je recherchais. C’était Lasse… »

Restauration

Restaurée, dans un premier temps à Saint Malo puis à Navarenx, l'unitél fut remise à l’eau en septembre 2011 à Hondaribia, après cinq ans de travaux. C’est Vincent Steiner qui réalisera la refonte du bateau. Coque bois, construction entièrement en bois, membrure sciée en chêne et ployée en acacia, quelques renforts en inox, brodées en acajou, «Lasse» est aussi un bateau équipé pour la navigation d’aujourd’hui. « Globalement, on a perdu le savoir naviguer à l’ancienne. A quoi bon restaurer un accastillage à l’identique, sauf à restreindre le choix des équipiers ? » estime Vincent justifiant ainsi l’installation de bloqueurs contemporains.

L’armateur de Lasse a contacté le musée maritime en 2012 afin de le faire agréer et lui permettre ainsi de remonter la côte atlantique. Son arrivée à La Rochelle en 2015 dans le cadre des régates organisées par le Yacht Club Classique va finalement charmer son armateur. Depuis, le port musée maritime de La Rochelle est devenu son port d'attache.

Palmarès

2017 : 11ème du C.C.M.A.(Challenge Classique Manche Atlantique) ; 2nd de La Coupe des Deux Phares
2018 : 2nd du C.C.M.A.; 2nd de La Coupe des Deux Phares
2019 : 7ème du C.C.M.A. ; 3ème de La Coupe des Deux Phares

Caractéristiques

Année1940
TypeSloop
ArchitecteAnker
ChantierStuberkobing (Copenhague)
Longueur hors tout18,25 mètres
Longueur flottaison12,51 mètres
Maître bau3,32 mètres
Tirant d'eau2,60 mètres
Tirant d'air22,65 mètres
Déplacement17 tonnes
Surface maximale de voilure au près164,60 mètres carrés
MoteurYanmar type 4JH4TE 8 cv réels 75 cv
AgrémentÀ l'année le 10/07/2013